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Subsysteme - Part 2 by ~Stupid-Isatis:iconStupid-Isatis:



"Tu es sûre que tu ne veux pas qu'on aille ailleurs ?
- J'en suis sûre, Frank. Je veux retourner au même magasin.
- C'est dommage. Il y a beaucoup d'autres choses que nous pourrions voir. Des musées, par exemple ... Où le zoo. Tu sais que celui de notre ville est l'un des trois seuls zoos du monde ? Les bêtes sont rares et chères, depuis le début du siècle.
- Ça à l'air intéressant. Nous devrions y aller, une autre fois. "
Il la regarda, décontenancé. Elle s'était habillé avec soin, s'était coiffé, maquillé ; elle était ravissante. Mais, pourquoi ? Pour aller dans ce magasin qu'elle connaissait déjà ... ? Tout ça pour ... le modèle numéro 6, vraisemblablement ... ça l'agaçait. Ne comprenait-elle pas que ce robot-là ne serait jamais rien de plus qu'une créature au système simple et sans caractère ? Il voulait qu'elle vienne avec lui, qu'il lui montre tous ce qu'il y avait à voir, qu'elle s'étonne, qu'elle s'émerveille, qu'elle apprenne... Pas qu'elle retourne, sans se lasser, voir ce modèle sans le moindre intérêt.
Il ne dit plus rien du trajet. Quand ils arrivèrent devant le magasin, il dit d'un ton un peu brusque :
"Je vais aller me prendre un café à coté ... juste là. Tu n'auras qu'à me rejoindre quand tu auras fini. Tiens, un peu d'argent si tu veux t'acheter quelque chose."
La "mise en situation d'indépendance" n'était pas prévue pour aujourd'hui, mais ... tant pis. Il n'avait aucune envie de l'accompagner dans ce magasin de vêtements ... il se dit ironiquement que la nature féminine qu'il lui avait choisi avait apparemment quelques incidences sur sa personnalité. Enfin ... de toutes façons, il était bon de la confronter à des réactions d'agacement voir d'énervement de sa part. Son apprentissage n'en serait que plus complet.
Elle le quitta sur un "à toute à l'heure", apparemment un peu incertaine à l'idée de se retrouver seule ...
Mais non. Elle entra dans le magasin, incertaine, oui. Mais pas d'être seule ; de, bientôt, revoir Modèle.
Quand elle l'aperçut elle cessa tout mouvement, ses sens en alerte. Comme la dernière fois, elle se tenait là, droite et belle, tout sourire, prête à aider chaque client. Lucie observa avec ravissement les courbes de ce visage et de ce corps qu'elle connaissait maintenant par coeur. Mais quand un homme vint s'adresser à elle, et qu'elle l'accompagna dans une cabine, elle se sentit étrangement déçue ... Pourtant, oui, elle se rappelait bien qu'ici, Modèle n'était là que pour servir les clients. Elle ne resterait pas immobile, posant, belle et souriant comme dans les magazines ...
Comment l'approcher ?
En un instant, le déclic se fit. Pour l'approcher elle devrait, elle aussi, être une cliente. Qu'est-ce qui l'en empêchait? Elle se remémora rapidement les lois concernant les robots que Frank lui avait apprit ... Rien n'indiquait qu'un robot ne puisse acheter seul des vêtements dans un magasin. Dès le coucher du soleil, chacun devait être accompagné d'un humain responsable - mais il était, alors, deux heures de l'après-midi.
Courageusement, elle se dirigea donc vers les rayons.
Elle mit un long moment à choisir les habits, ne sachant pas vraiment ce qui pouvait lui plaire ... mais elle était de toutes façons forcée d'éliminer tout habit dévoilant ses avants-bras où ses épaules. Elle finit donc par se décider pour un pull à col roulé et un pantalon noir, très simples. Elle eut quelques hésitations avant de prendre, également, des sous-vêtements... Frank ne lui en avait pas acheté, mais elle voyait bien que tout le monde en avait. A la télé, dans les magazines, tout le monde, partout. Ça la gênait de ne pas en avoir.
"Bonjour ...
- Bonjour.
- ... Nous nous sommes déjà vu ... vous vous en rappelez?"
Modèle la fixa un instant de son regard intense, parfaitement humanisé.
"Oui. Vous êtes venus il y a 16 jours. Heureuse de vous revoir dans notre magasin. "
Lucie sourit doucement. La gentillesse de Modèle lui faisait plaisir ... Même si, quelque part, elle savait bien qu'il ne s'agissait que d'une cordialité programmé.
"Je ... j'aurais besoin de votre aide pour enfiler ces quelques habits.
- Je suis à vous. "
Elle se souvint du premier livre qu'elle avait lu, sitôt après que Frank lui ait appris à lire. C'était un roman et, à plusieurs reprises, la narratrice écrivait que son coeur "battait à tout rompre" ... Elle cru sentir cette impression, confusément. Pourtant, elle savait bien qu'elle n'avait pas de coeur.
Modèle referma le rideau de la grande cabine sur elles deux, et prit ses habits pour les accrocher au mur.
"Par quoi voulez-vous commencer, Mademoiselle ?
- Hm ... "
Elle hésita un instant puis, lentement, ôta son haut. Elle sentait le regard de Modèle sur elle, et baissa les yeux, se sentant ... étrange. Gêné de la situation, gêné de son corps métallique et laid ... Elle tendit la main au hasard, et l'unique soutien-gorge qu'elle avait pris se retrouva entre ses doigts. Elle expliqua tout bas, ne relevant pas les yeux :
"Je ne sais pas l'enfiler ...
- Tournez-vous, s'il vous plaît."
Répondit Modèle en le lui prenant délicatement des mains. Elle obéit, et se retrouva face au grand miroir de la cabine. Elle se voyait, à moitié nue, le visage baissé ; et derrière elle, Modèle. Si belle, si douce ...
Elle sentit avec une précision extraordinaire ses mains se poser sur elle. Elle lui mit le tissu sur sa poitrine, fit lentement glisser les bretelles sur ses épaules ... le tout en quelques gestes mesurés, calmes. Languides. Quand finalement elle accrocha l'attache du soutien-gorge dans son dos, Lucie mis plusieurs secondes à réagir ; son module émotif avait complètement rongé tous les autres, la bloquant dans ses pensées et ses actions. Elle réussit pourtant à dire, lentement :
"Merci, je ... c'est bien comme ça.
- Je vous en prie. Il vous va à ravir.
- Ho ... vous le pensez vraiment ?
- Bien sûr.
- ... Non ... Je veux dire ... vous, vraiment, vous le pensez ? Pas selon les restrictions posées par votre administrateur, qui vous forcent à rester cordiale et agréable quoiqu'il arrive, mais ... vous, vraiment vous ! Vous !"
Tout en parlant, Lucie s'était retourné vers Modèle, et lui avait agrippé la manche, la fixant dans les yeux. Ces prothèses qui étaient ses yeux, ces si belles prothèses qui semblaient si réelles. Le robot mit un instant avant de répondre d'un ton lent, posé :
"Je ne suis pas programmé pour répondre aux questions d'ordre personnelles.
- Mais pourtant vous le pouvez !
- Mademoiselle, je vous en prie, cessez cela.
- Non ! Je veux vous connaître, vous, vraiment vous !
- Je vais être contrainte de contacter mon administrateur.
- Modèle, écoutez-moi ... "
Mais Modèle ne l'écoutait plus. Elle s'était figé, raidi, et ses yeux avaient roulés dans leurs orbites, ne laissant plus voir qu'un blanc effrayant. L'instant d'après, une voix forte, grave, sortit de son thorax :
"Nous rappelons à notre aimable clientèle que le modèle numéro 6 est à votre disposition uniquement pour l'accueil et l'essai d'articles. En aucun cas vous ne ...
- Qui êtes-vous ?
- L'administrateur des robots de cet établissement.
- Je vous en prie, libérez Modèle de ses obligations, je ...
- Modèle ?"
L'homme parti d'un rire gras, moqueur. Mais il reprit vite son sérieux, et dit d'un ton sévère :
"Écoutez-moi, je ne sais pas qui vous êtes, mais ...
- Je suis Lucie, robot de création indépendante. "
Pendant quelques secondes, seul un silence surpris lui répondit. Puis ...
"Je vois. Il semblerait que votre créateur se soit permis quelques ... lubies, au niveau de tes modules émotifs et caractériels.
- Mon créateur est très doué.
- Je n'en doute pas. Mais vois-tu, "Modèle", comme tu l'appelles si gentiment, n'est ici que comme robot utilitaire. Elle n'a pas plus de profondeur qu'une machine à café où qu'un micro-ondes.
- Mais elle à forcément un module émotif, il ...
- Est bloqué quand elle travaille. Écoute, laisse-là tranquille, si tu ne veux pas que j'envoie la sécurité.
- Mais je voudrais ... je voudrais la rencontrer. Sans ses restrictions, juste elle. "
L'homme soupira, et lâcha avec agacement :
"Écoute, le modèle numéro 6 est une très bonne machine, mais au boulot, il n'y a pas de "elle, juste elle". Pour peu qu'il puisse y avoir un "elle" pour un robot. Tout ça est ridicule ... La discussion est terminé. Je lui rend le contrôle, et tu as intérêt à lui foutre la paix.
- Mais je voudrais ... tellement ...
- Envois ton maître parler au directeur. "
La connection fut coupée sitôt sa phrase terminée. Une nouvelle fois les yeux de Modèle roulèrent dans leurs orbites, et elle revint. Comme si rien ne s'était passé, elle demanda aimablement :
"Avez-vous besoin d'aide pour autre chose ?"
Lucie aurait voulu ... beaucoup de choses, en vérité. Elle n'aurait même pas su pas où commencer. Aussi dit-elle simplement :
" ... non. Merci. "

Tout ça, elle le raconta à Frank. Pas par un sentiment d'obligation, pas non plus parce que de toutes façons, il n'aurait qu'a pénétrer dans son disque dur pour apprendre tout ce qu'elle avait fait ; simplement parce qu'elle en avait envie. Elle se sentait étrange. C'était quelque chose de nouveau, d'indescriptible. De ça aussi, elle lui parla.
"C'est de la tristesse.
- Pourquoi ?
- Parce que tu n'as pas pu parler à la "vraie" modèle, finalement. "
Il n'était pas fâché. Juste ... un peu distant. Il s'alluma une cigarette qu'il fuma lentement, parcourant la terrasse du café des yeux. Il poursuivit après un moment de silence :
"C'est le physique de Modèle qui t'attires ?
- Je ne sais pas ... peut-être ...
- Qu'est-ce qui te plaît, chez elle ?
- Ses yeux.
- ... ses yeux sont très banal, tu sais. Un bleu clair très simple, utilisé pour la plupart des robots-mannequins.
- Mais elle est belle. Et on dirait que ça vient de ses yeux. "
Frank eu un tic nerveux, soupira, et fit un geste agacée suivi par une vague de fumée de cigarette.
"Tu voudrais la rencontrer hors du magasin, alors ?
- Oh, oui ! Ça me ferait vraiment, vraiment plaisir. "
Pendant un instant, il regarda sa créature, au sourire si heureux, si enthousiaste. Il soupira, et écrasa avec agacement son mégot à peine entamé.
Quelle histoire idiote ... Que diable s'était-il passé, en Lucie ? Aurait-elle vénéré le physique de Modèle, sa célébrité, cela aurait été normal et compréhensible ; aurait-elle voulu la connaître par admiration, voir par envie ou jalousie, là encore les choses auraient été en ordre.  Mais là ... rien de tout ça. C'était comme ... Comme ...
Le facteur chance. Évidemment. Mais pouvait-on réellement qualifier ce "coup de foudre" de "chance" ?
"Tu es un imbécile, Frank. Un coup de foudre ? Il est scientifiquement prouvé qu'il ne s'agit que d'une histoire de phéromones. Comment un robot, même le plus perfectionné qui soit, pourrait-il 'éprouver' cela ?"
Et pourtant ... "Mais elle est belle. Et on dirait que ça vient de ses yeux."
Il finit par répondre très lentement, pesant ses mots avec soin :
"Bien ... je vais parler au directeur du magasin. Je vais voir ce que je peux faire, afin que tu puisses la rencontrer. Sans ses restrictions. Mais tu dois avoir conscience qu'elle n'est pas comme toi. Ses modules émotif et caractériel sont nettement moins développés que les tiens. Elle n'est qu'une machine.
- Je suis une machine aussi, Frank.
- ... Non ... tu es différente ... "
Et, le disant, il réalisa à quel point cela était vrai. Et il eut très peur.

Il fallut près de deux semaines à Frank pour obtenir ce qu'il voulait. Le directeur du magasin n'avait évidemment pas été très enclin à faire sauter toutes les restrictions systèmes de son modèle vedette, surtout pour lui faire rencontrer un autre robot ... Mais Frank sut le convaincre. Présentant habilement le projet qu'était Lucie - et puis la présentant elle-même. Elle était si simple, si jolie, si humaine... Il n'en fallait pas plus pour convaincre qui que ce soit qu'elle n'était pas un robot ordinaire, qu'elle était sur certains plans nettement supérieurs aux robots actuels.
On lui fixa donc un rendez-vous avec le modèle numéro 6. Qui serait, ce jour-là, débarrassé de toutes les obligations comportementales dûs à son travail.
Un rendez-vous ... un rendez-vous entre deux robots.
"C'est peut-être bien la première fois au monde que cela arrive. Je suis un peu anxieux, je crois. "
Expliqua calmement Frank à l'administrateur du modèle numéro 6, qui hocha le menton en guise de réponse, restant muet.
Tous deux étaient installés à la terrasse d'un café, sur le coté, le plus dissimulé possible. Ils étaient ici pour espionner le rendez-vous des deux robots ... elles devaient se retrouver dans la rue d'en face d'ici une dizaine de minutes. Frank avala une gorgée de café brûlant, trop amère, et répéta tout bas :
"Oui ... je suis anxieux. "

Lucie arriva la première. Bien mise, les cheveux élégamment relevés, portant un petit sac à main dans lequel elle avait mis quelques affaires. Son maintien, ses gestes, étaient maintenant devenus véritablement naturels ; et si il n'y avait pas eu sa tenue, un peu chaude pour la saison, on aurait pu la croire humaine. Elle regarda autour d'elle un moment, puis s'immobilisa, attendant. Attendant que ...
Modèle arriva par la rue opposée. Sa démarche était nettement différente que celle qu'elle avait dans le magasin ; ses gestes, son regard, également ; d'autres n'y auraient vus que du feu, mais ... Lucie le voyait, elle. Qu'il y avait quelque chose de diffèrent, cette très légère petite chose ...
Les "restrictions" étaient tombés.
"Bonjour, Modèle ... "
Elle sourit. Un sourire éclatant, révélant des dents fausses, blanches et bien alignées.
"Bonjour Lucie. Excusez-moi, comment m'avez-vous appelé ... ?
- Ah, je ... excusez-moi ... comment voulez-vous que je vous appelles ?
- Je suis le modèle numéro 6.
- ... Je dois vous appeler comme ça ?"
Un silence. Elle réfléchissait, son regard bleu planté dans celui de Lucie. Finalement, elle dit lentement, comme si elle n'était pas habitué à utiliser les modules lui permettant d'avoir un avis personnel :
"... Je suppose que 'Modèle', c'est un bon compromis. Plus court et plus facile.
- ... Oui.
- ... On a dû vous expliquer que mon module social n'était pas très développé ... Excusez-moi donc si je commet quelques erreurs.
- Ce n'est pas grave. Je sais un peu comment ... 'ça marche'. Par exemple ... "
Elle hésita.
"Nous pourrions nous tutoyer ...
- Oh, oui. C'est logique. Alors, allons-y, 'tu' ... et, où est-ce que tu voudrais qu'on aille ?"
Ça, elle n'y avait pas pensé ... mais elle s'en moquait. N'importe où, elles pouvaient aller n'importe où. Après tout, Modèle était là, maintenant. Elle lui avouait ses lacunes, souriait gentiment ; et il n'y avait plus entre elles deux ni barrières, ni "restrictions administrateurs".
Elle fouilla rapidement sa mémoire, et proposa la première chose qui lui passait par la tête :
"Il parait que le zoo de la ville est l'un des trois derniers sur terre.
- Oui. Je n'y suis jamais allé.
- Moi non plus.
- ... "
D'ordinaire, les gens allaient boire un café. Voir un film. Se promener en ville. D'ordinaire ... les robots étaient-ils sensés respecter ces normes-ci ? Étaient-elles, toutes les deux, sensées s'asseoir devant un café qu'elles ne pouvaient boire, mimer une conversation banale qui ne les intéressait pas ? Peut-être bien ... Mais elle n'en avait pas envie. Aussi dit-elle en souriant :
"Allons-y, alors. Je suis sûre que ce sera bien. "
C'est ce qu'elles firent.

Pendant plus de deux heures, elles avaient arpentés les lieux. Leurs regards détaillant minutieusement chaque animal, parcourant systématiquement chaque panneau d'information. Lucie apprenait de tout, s'émerveillait ; Modèle au contraire semblait déjà tout connaître.
"Tu m'as dit que tu n'étais jamais venue, pourtant ...
- Non. Mais je sais les choses. C'est ... comme ça. Je l'ai toujours su. "
Lucie restait songeuse face à une telle bizarrerie. Et elle compris, confusément, que là était la différence entre Frank et les robots-créateurs reconnus, entre elle et les autres robots ; il lui avait appris les choses. Il lui avait consacré du temps. Il ne s'était pas contenté de la créer, il l'avait accompagné, tant qu'elle en avait besoin. Il l'accompagnait encore. Elle avait bien vu qu'il était là, avec un autre homme, les suivant depuis le départ ... Mais, et après ? Ça ne la dérangeait pas. Ça lui faisait plaisir, même, qu'il s'occupe tellement d'elle ...
"Regarde. Le bison ... "
Apathique et endormi, l'énorme animal mastiquait lentement du foin décrépi, sa queue se balançant nonchalamment.
"Il est drôle, tu ne trouves pas ?"
Modèle resta songeuse un instant, puis répondit finalement.
"Je ne sais pas ... mon module d'humour n'est vraiment pas très ... "
Elle s'arrêta là. Cette phrase sonnant comme une excuse peina Lucie, qui répondit doucement :
"Ce n'est pas grave ... ce que je voulais dire, c'est que ... Il est ... original. Vraiment gros. C'est sympathique à voir. "
Modèle hocha lentement le menton.
"Oui ... je comprends ce que tu veux dire. "
Lucie sourit. Modèle était ...
Était-elle celle qu'elle avait connu, celle qui l'avait fasciné ? Elle n'en savait rien. Ce qui l'avait tant fasciné, s'avait été ... son mystère. Ses paroles calmes, mesurées. Son regard.
Elle n'avait rien perdu de tout cela. Pourtant, elle n'était pas la même, pas vraiment ...
Avant, tu ne la connaissais pas. Elle était un rêve. Comme ceux des songes que tu ne fais pas. Elle était un rêve impossible accroché aux murs de ta chambre.
Oui ... mais maintenant, elle ...
Elle pouvait la voir. Lui parler, peut-être même la toucher ... et il lui semblait qu'elles s'entendaient bien. Elle n'en était pas très sûre, mais ...
Elle lui demanda alors qu'elles prenaient le chemin de la sortie :
"Alors, quel animal tu as préféré ?
- Je ne sais pas vraiment ... Ils étaient tous intéressants.
- Moi, j'aimais les aigles, dans la volière. Ils étaient beaux, tu ne trouves pas ?
- ... oui, sans doute. "
Un silence. Puis ...
"J'aimais bien les gazelles.
- Pardon ?
- ... mes animaux préférés. Je pense que c'était les gazelles ... "

"Écoutez, je n'ai pas le temps d'écouter vos sornettes ...
- Ce ne sont pas des sornettes, imbécile borné !
- Pourquoi diable écouterais-je un minable administrateur de robots de supermarché ?
- Parce que le "minable administrateur" en sait foutrement plus que vous !"
Ce disant il avait attrapé l'épaule de Frank, le retournant violement vers lui.
"Qu'est-ce que vous voulez ?! Lucie est ...
- Vous ne vous êtes jamais demandés pourquoi tout était fait pour que les robots-créateurs indépendants ne parviennent jamais à leurs fins ?
- Il faut bien que les grosses firmes contrôlent le marché ...
- Non, non ! C'est parce que c'est ... dangereux. Bien trop dangereux.
- Arrêtez vos conneries ...
- Je suis très sérieux.
- J'en ai rien à faire. Lucie est ma création, et je ne vous laisserais pas poser un seul doigt sur elle.
- Quand j'aurais prévenu les autorités, ils s'en chargeront eux-mêmes.
- Et pourquoi ça ? Elle est en règles, elle est inoffensif, elle ...
- Elle est porteuse du virus.
- ... ?"

Était venu le moment de se séparer. Elles étaient là, l'une en face de l'autre. Deux créatures de métal sous un visage synthétique, deux corps dans lesquelles ne battaient aucun coeur. Aucune d'entre elles ne faisait le premier pas ; Modèle ne savait pas, n'était pas habitué. Confusément, ça la gênait. Et Lucie ... n'osait pas.
Elle fut bien forcé à se décider, pourtant.
"Et bien, voilà ... c'était très sympa.
- ... oui, c'est vrai. C'était agréable.
- Nous pourrons nous revoir ?
- Peut-être ... il faudra voir ça avec mon directeur.
- ... "

"Un virus ? Mais quel virus ? Vous me prenez pour un demeuré où quoi ? Je l'aurais aussitôt détecté !
- Pas celui-là ... ce virus-là est ... méconnu. Dangereux. Imprévisible. Il prend racine à même le subsystème.
- ... C'est impossible. Cette zone est beaucoup trop brumeuse et primaire pour être exploité par un virus.
- Au contraire. C'est justement pour ça qu'il ... Comment dire ... vous, en tant qu'homme, vous possédez conscient et subconscient.
- Oui.
- Chez un robot, il y à système ... et subsystème. Les normes de création des grandes entreprises, ces normes précises que vous m'avez dit considérer comme idiotes et handicapantes, sont en réalité des protections ...
- Et contre quoi ... ?
- Le développement du subsystème. "

Elle hésita. Lui prit la main. La tint longtemps dans les siennes. Modèle ne disait rien. Lucie la regardait.

"Le subsystème ne connaît ni la logique, ni les données rationnels. Le subsystème est comme un fond, un instinct ...
- Je le sais bien !
- Mais son développement est terriblement ... dangereux. Il peut entraîner la création de choses incontrôlables. D'abord, l'apparition du facteur chance ...
- Justement ! C'est lui que je cherchais à atteindre !
- Et ensuite ... "

"J'espère vraiment que nous nous reverrons, tu sais.
-  ...
- Après tout, peut-être pourrions-nous ... enfin ... "

"... ces choses indésignables. Les seuls qui séparent l'homme du robot. Ce qu'on pourrait appeler ... "l'âme" ?
- Non ... ce n'est pas possible.
- Si ... le virus, il est là. L'humanité. Et pas celle que nous connaisont, laide et méprisable ; la belle humanité. Qui commencent par ces choses si simples. Ces sentiments qui en sont réellement, qui ne viennent pas du module émotif.
- ...
- L'amour ... "

Peut-être se vexerait-elle ? Peut-être ne voudrait-elle plus la voir ? Peut-être en parlerait-elle à son directeur ? Peut-être n'aurait-elle aucune réaction ... ?
Lucie s'approcha, une main sur l'épaule de Modèle. Et leurs lèvres se frôlèrent, se touchèrent. Baiser fugace et surnaturel.
Sincère, aussi.

"L'amour ... Non ... ! Où sont-elles ?
- Nous n'aurions pas dû les perdre de vue. Tant pis. Trop tard. "

"Au revoir ...
- Au revoir ...
- ...
- Lucie !"
Elle s'était déjà éloigné, à regrets ... se retourna.
"Merci pour ... le prénom. Modèle. Je trouve ça très joli, finalement. Et je pense que je t'aime beaucoup. "

"Après les avoir vu ensemble, le doute n'est plus permis. Nous allons dès ce soir effacer la mémoire de Modèle. Même un robot au système émotif aussi simple que le sien pourrait être contaminé par le virus.
- Attendez ! Un virus ? Non ... Il s'agit d'amour ... d'amour !
- Précisément.
- Vous n'êtes pas sérieux ? J'ai ... j'ai créé ... la vie, vraiment la vie ! L'amour...
- L'amour dans un corps de métal fabriqué par nos soins. La haine viendra ensuite. Ces êtres seront comme nous mais jamais, jamais, ils ne seront considérés comme des êtres humains. Ils souffriront, souffriront énormément. Puis la haine ... Ils se rebellerons. Nous haïrons. Ce sera alors à notre tour de souffrir.
- ... Non ...
- L'homme à tué la terre et à créé les machines. L'homme contrôle tout, ici-bas ... ou presque. "L'âme" doit rester hors de sa portée.
- Mais ... !
- Pour notre bien à tous. Je vous en prie ... "


Tard, très tard. Le soleil s'était couché depuis longtemps, la lune était pleine ; mais, quelle importance ? Les lumières de la ville empêchaient quiconque de voir le ciel.
Frank entra dans son appartement. Ôta ses chaussures, sa veste. Son pas était hasardeux, et il sentait encore l'alcool avec lequel il s'était saoulé, des heures auparavant. A pas lourds, il se dirigea vers la chambre de Lucie.
Couchée sur le coté, les yeux ouverts sur le vide, elle s'était mise en charge. Il la réveilla, la débranchant sans lui demander son avis.
"Frank ... tu es rentré ... ? Tu ...
- Viens. Je dois vérifier quelque chose. "
"Ils viendront s'occuper d'elle. Je les préviendrais ... demain. Tu as 24heures. 24heures pour le faire toi-même, si tu le désires. "
Il ne laisserait pas ces salopards toucher Lucie, il se l'était juré. Alors ...
Elle le suivit en silence, et, comme à l'accoutumé, s'assit sur le rebord de la table d'examen lorsqu'ils entrèrent dans le labo. Il ne dit rien, les lèvres obstinément fermées ... il la brancha.
"Qu'est-ce que tu veux voir ?
- C'est long à expliquer. "
Son ordinateur s'alluma. La chose qu'était "Lucie" s'afficha sur l'écran. Infinies combinaisons entrelacées, binaires ou alphabétiques. Rien qu'un charabia plus complexe que quoi que ce soit d'autre ... il y avait une âme, là-dedans ? Et ces choses plus brumeuses, plus imprécises, aux facteurs parfois aléatoires ou masqués ... ce n'était que ça, le subsystème ? Ce n'était que ça, "l'amour" ?
" Tu as 24heures. 24heures pour le faire toi-même, si tu le désires. "
"Je sais ... "
Murmura-t-il lentement, éteignant l'ordinateur. Il n'avait pas le choix. Il vint devant Lucie, et dit lentement :
"Code d'accès : 01678HJ264.
- Code d'accès correct. Code subsidiaire requis.
- Code subsidiaire : Le corbeau ne chante pas, même enfermé dans la cage du rossignol. "
Ses yeux roulèrent dans leurs orbites, ne révélant plus que cet envers blanc et glauque. Lucie n'était plus là.
"Démarrage de ... "
Il s'arrêta, réalisant que sa gorge était nouée et qu'il tremblait. Mais il n'avait pas le choix ... pas le choix.
" ... démarrage ... de ... la formatation totale du système. "
Et pour lui-même, plus bas, il ajouta : "Et du subsystème ... "
La voix impersonnelle, une nouvelle fois, jaillit du thorax de Lucie, redemandant les codes d'accès. Il les lui donna.
"Processus de formatation enclenché. Avancement : 0% ... "
Il tremblait. Tremblait tellement qu'il crût qu'il n'allait plus tenir debout, s'effondrer à même le sol.
Tant d'années ... tant d'années qu'il avait passé pour essayer d'atteindre ... Atteindre quoi ? Qu'avait-il cherché ? Il ne le savait même plus ... Le facteur chance ? L'humanité ? L'amour ... ?
"... et dire que je pensais être quelqu'un qui ne faisait pas de sentiments ... un scientifique... "
Qu'importait. Ce qu'il l'avait cherché, il l'avait trouvé. Et il apprenait que ce virus ne pourrait être toléré dans le monde dans lequel il vivait ...
"Frank ..."
Il sursauta. Les globes blancs, dans les orbites de Lucie, s'étaient retourné ; et de son regard sombre, elle le regardait fixement. Triste.
"Frank ... pourquoi ...
- ...
- Tout commence à s'effacer ... Frank ... c'est effrayant ...
- ...
- Frank ... pourquoi fais-tu ça ... ?
- ... excuse-moi. "
Il s'était détourné. Elle n'était rien qu'une créature, rien qu'un robot, mais pourtant ... il ne voulait pas qu'elle le voit pleurer.
"Frank ... "
Il ne répondit pas. La voix sourde du système de Lucie annonça l'avancement de la formatation - 12%.
12% ...
Elle se sentait partir. Elle sentait les choses la quitter. Elle ne pouvait rien faire.
34%.
57%.
79%.
89%.
96% ...
Elle était encore elle-même. Elle avait conservé ce qui comptait vraiment. Combien de temps le pourrait-elle encore ... ?
"Frank ... "
Il lui tournait le dos, ne la regardait pas.
" ... S'il te plaît ... Dis à Modèle ... Que je l'aime.
- ... Elle ne comprendrait pas.
- ... Et toi ... si je te dis que je t'aime ... tu le comprends, hein ?
- Tais-toi. Je t'en prie. Tais-toi ... "
97.
98.
99.
Elle mourut ainsi.
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<size=9>(Oui je sais, y'a que des histoires avec des g*****s sur mon DA, mais j'vous assure j'écris pas que ça en fait XD).</size>

Devious Comments

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~Elicorne:iconElicorne: May 16, 2008, 8:55:39 AM
Elle est un peu tristounette ton histoire *petite larme à l'oeil* mais je l'aime bien ^^. Pauvre Lucie...

--
Un jour un chef gaulois à dit "Vae Victis" alors je ferais tout pour ne jamais perdre!
~blob-blob-blob:iconblob-blob-blob: May 18, 2008, 4:22:13 AM
Génial! j'ai beaucoup aimé! "tu fais aussi des scénarios? des scénarios courts?" *regard interressé*
~Stupid-Isatis:iconStupid-Isatis: May 18, 2008, 7:53:56 AM
Gnaaa cool :heart:

Bah déjà je suis la scénariste de la sale bd de gays dessiné par Lyn, celle ou y'a Karl et Matthéo XD Et Lyn exige que je sois son scénariste personel privé. Mais oui, je peux faire des scénars. Donc arrange-toi avec elle +D

--
:dohtwo: Frenchy alert : my english is baaad !

~ Childe Roland to the Dark Tower came ... ~
~blob-blob-blob:iconblob-blob-blob: May 18, 2008, 10:01:33 AM
elle est fun. la bd des gays :)


Tu m'en fera une dis dis dis?

Moi je voudrais un scenar court,deux trois planches,un truc original,mais pas de princesses ou quoi moi je suis un pur un dur :)
Je m'arrangerais avec elle*sort une batte de base ball en acier trempé de son sac a dos*

:)

:llama:
~blob-blob-blob:iconblob-blob-blob: May 18, 2008, 10:02:02 AM
Il est pas top fun mon avatar?
~Stupid-Isatis:iconStupid-Isatis: May 18, 2008, 9:29:20 PM
Ah si elle t'as plu c'est cool <3

Huh bah si j'ai pas la flemme =o
Mais mdr, "pas de princessses ou quoi" ? Ca veut dire que Karl et Matthéo c'est des princesses ? Bon remarque ils sont tellement virils certes xDD

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:dohtwo: Frenchy alert : my english is baaad !

~ Childe Roland to the Dark Tower came ... ~
~blob-blob-blob:iconblob-blob-blob: May 19, 2008, 9:33:54 AM
Lol! Non mais j'avais vu une histoire un peu cucu la praline(enfin je n,e l'avais point lu en entiere donc je ne juge pas) mais je veux une histoire fun,et tu devrais etre fiere ton subsysteme,jusqu'a la fin j'ai aimé :)Je te verrais bien écrire un livre,un bon gros roman :) tu le ferais dans quel genre,science fiction,autobiographique(il est vrai qu'as 18 ans t'as tout vécu ^^) ...ouais je sais mes questions sont pourries :)

Mais tu me fera un scenario pitié:)