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Subsysteme - Part 1 by ~Stupid-Isatis:iconStupid-Isatis:



Subsystème


Frank Muller vérifia une dernière fois les connections les plus importantes. Il n'était même plus question de vérifier branchements et liaisons manuellement ; de son ordinateur, il les passait tous en revue. Ce fut rapide, et il n'y avait aucune erreur. Il éteint alors le programme, en ouvrit un autre, et recommença son inspection méthodique. De temps en temps, son front se barrait d'un pli soucieux, et il baissait subitement son maigre visage pour se mettre à pianoter sur son clavier. Son regard clair, ensuite, se remettait à sauter de ligne en ligne, cherchant l'erreur, la faute, l'irréparable. Car quand cela serait allumé, il ne serait plus temps de réparer les fautes commises.
"Où de changer d'avis. "
Pensa-t-il en contemplant une longue ligne de code, infime partie d'un complet programme d'intelligence artificielle. De longues minutes durant, il la fixa ...morceau de rien, incompréhensible seul, indispensable aux autres. Et qui déterminerait, finalement, un trait de caractère parmitant d'autres. Son esprit fit, certainement pas pour la première fois, le rapprochement avec un brin d'ADN. Il laissa finalement la ligne de code tel quel.
Reculant sa chaise, il s'étira longuement. Puis, un étrange sourire aux lèvres, regarda le grand corps de métal couché sur la longue table devant lui. Branché de part et d'autres, immobile, il ressemblait à une grande poupée sans âme. L'armure de fer blanc du magicien d'oz, à la recherche d'un coeur.
Frank le regarda longtemps, très longtemps. Des robots, il en existait déjà beaucoup. Ils étaient répandus, innombrables même.Mais créer le sien propre, s'avait été un défi à relever, bien plus qu'une expérience à faire. Sans obéir aux normes d'aucune société de robotique, sans non plus se fier à aucun modèle préconçu, il avait créé le sien. Ce visage mécanique, programmé pour reproduire un paneld'une dizaine d'expressions, était de son invention. La façon dont le robot aurait de réagir, de se développer, d'apprendre, serait dû à ses recherches. Il s'agissait de sa création.
Il s'autorisa un sourire qui parut mettre à mal son visage raidi par des années d'indifférence. Sa barbe de plusieurs jours, ses cheveux trop longs, ses cernes ; tout en lui indiquait la négligence de soi. L'on ne s'étonnait pas d'apprendre que cela faisait des années qu'il n'était pas sorti avec des amis, et presque autant de temps qu'il n'avait pas rit sincèrement. A à peine trente ans, son sérieux mortel et son apparence morose lui en faisait parfois paraître plus de quarante.
Il se pencha à nouveau sur son ordinateur. Il aurait pût y rester des heures encore, à tout vérifier, tout réfléchir à nouveau ... mais cela faisait une semaine déjà qu'il passait tout en revue. Il se força donc à laisser son clavier, se détendre. Il avait fini, vraiment fini. Il était temps de passer à la suite.

Quand le robot souleva ses paupières de métal, le scientifique retint son souffle. Lentement, la machine s'ébranla. Par un mécanisme de base, de ceux que l'on surnommait "mécanisme d'instinct", elle s'assit. Et tourna son faciès de fer vers Frank.
"Bonjour. Qui êtes vous ?"
La pièce qui lui tenait lieu de mâchoire bougea au rythme de ses mots, alors mêmeque le son venait clairement d'un haut-parleur dans son crâne.Frank resta un instant immobile, tendu, surpris, presque ému. C'était pourtant lui-mêmequi l'avait programmé pour poser cette question. Il savait d'ailleurs que, si il ne répondait pas, au bout d'un temps de quatreà six secondes le robot dirait ...
"Oh, excusez-moi, je vous ai brusqué ... ?"
Avec cette charmante cordialité programmée. Pourtant, en l'entendant, il s'en étonna presque ; et, la bouche pâteuse, il finit par répondre, très doucement :
"Je suis Frank Muller. Code d'accès: 01678HJ264. "
Aussitôt, la machine changea d'attitude. Elle se figea, ses orbites bleutés virèrent au blanc ...
"Code d'accès correct. Code subsidiaire requis. "
Il sourit. Il n'avait pris aucun risque.
"Code subsidiaire : Le corbeau ne chante pas, mêmeenfermé dans la cage du rossignol. "
Petit proverbe simplet, un peu ridicule et pas vraiment poétique. Qu'importait. Un code, et une phrase sorti tout droit de son imagination. Deux choses qui ne se trouvaient qu'en un seul endroit : dans sa tête. Ils n'étaient notés nul part, connus de personne d'autre. Il n'avait réellementpris aucun risque.
"Code subsidiaire accepté. Accès au bios autorisé.
- C'était juste un essai ... Tu peux revenir en mode normal.
- ...
- Hm ... Requête administrateur ; retour au mode normal.
- Requête accepté. "
Les deux grands yeux maintenus par des socles de métal, encore une fois, roulèrent sur eux-même.Le blanc disparut, remplacé par ce bleu, vague simulacre de pupille et de vie. La machine reprit alors la parole, comme si de rien n'était :
"Bonjour, Frank. Mes données m'indiquent que Frank Muller, être humain de sexe masculin, 31 ans, est mon créateur. Vous dites vous nommer Frank Muller, et vous correspondez à cette description. Vous venez de plus d'accéder à mon bios.
- C'est exact. Je suis bien celui qui t'as créé. "
Un silence ... avant que le robot ne déclare d'un ton innocent :
"Dois-je vous appeler 'Papa' ?"
Il avait lui-même programmé le caractère naïf de sa créature ; pourtant, il éclata de rire.

Elle apprenait vite. Oui, 'elle' ; au moment de la nommer, c'était un nom féminin qui lui était venu. "Lucie" ... Pourquoi pas.
Il n'avait inclus, dans ses connaissancespremières, aucun savoir sur le monde où les moeurs actuels. Elle ne savait pas dans quel pays ils se trouvaient et qui était son président, pas plus qu'elle ne comprenait les émissions pornographiques qui passaient sur certaines chaînesaprès 23heures. Elle n'était pas idiote, pourtant ; mais il s'était refusé à remplir son disque dur d'informations avant mêmeson éveil. Il pensait - en désaccord total avec tous les robots-créateurs de son temps -, que l'apprentissageétait la clef. La clef pour créer une machine plus intelligente, plus humaine, et à la durée de vie plus longue ... car inexplicablement, celles que l'on trouvait dans le commerce pouvait vivre dix ans, quinze ans, rarement plus. Elles mouraient, simplement. Un beau jour, leurs capacités s'amenuisaient ; et en moins d'un mois, elles s'éteignaient.
Lucie serait différente. Il lui avait donné les meilleurs capacités qui soient - mémoire vive, disque dur, ram ... - mais elle acquiérerait elle-mêmeses connaissances.Il avait fait des recherches très poussées, il était sûr et certain que ça marcherait ... il était d'ailleurs actuellement en train de tenter les démarches nécessaires pour la faire entrer en lycée. Il avait peur que les démarches pédagogiques soient trop longues et rébarbatives pour elle, mais qu'importait - ce n'était pas comme si elle avait été capable de ressentir l'ennui.
Il était en train de manger l'un de ces plats préparés, qu'il commandait chez "Jerry-Express" pour 4 où 5 euros la portion. Il avait d'ailleurs souvent droit à des réductions assez conséquentes - cela devait faire trois ans qu'il se nourrissaitpresque exclusivement de ces machins. A force, il les connaissaitpar coeur, jusqu'à la forme exact des cubes de pomme de terre mécaniquement découpés.
Elle ... assise sur le sofa, raide comme la justice - il devrait lui apprendre à adopter des poses plus décontractées, mêmesi son corps robotique n'en ressentait pas le besoin -, elle regardait fixement la télévision. Elle était capable de s'en abreuver de jour comme de nuit, des heures d'affilées... Il ne l'avait encore jamais emmené dehors. Alors le monde, pour elle, c'était ça. Il veillait à lui faire voir tantôt des documentaires pour qu'elle apprenne des choses essentiels, tantôt des séries populaires afin qu'elle saisisse comment fonctionnait les relations humaines ... C'était, à n'en pas douter, la partie la plus compliquée. Mais elle n'en était pas rebutée, au contraire ; tout comme il l'avait programmée, elle était très curieuse, très ouverte à l'apprentissage. Parfois même davantage encore que ce qu'il avait envisagé ...
"Frank ?
- Hm ?
- Pourquoi Charlie ne veux plus faire la chose du sexe avec Linda?
- Heu ... "
Il ne regardait l'émission que d'un oeil, indifférent, et mis un certain temps à se remettre l'intrigue qu'il jugeait sans intérêt en tête.
"Parce qu'elle a couché avec l'autre, là, Jordan ...
- Couché ?
- Faire la chose du sexe, ça se dit coucher. Où faire l'amour. Ou baiser. "
Elle le regardait avec une grande attention, et il sourit, continuant son explication.
" Faire l'amour, c'est le terme le plus joli, çà implique des sentiments entre les deux personnes. Baiser, c'est vulgaire. Coucher avec, c'est le juste milieu, un peu passe-partout. "
Elle le regardait avec intelligence. Il savait que, derrière son visage informe, où les morceaux de métal étaient tenus par des vis visibles, et où seul ses yeux avaient quelque chose "d'humain" ... elle comprenait. Elle avait enregistré les informations, et ne poserait plus la question.
"Et elle ne devait coucher avec Jordan ?
- Non. Quand deux personnes considèrent qu'elles sont "ensembles", parce qu'elles ont des sentiments l'un pour l'autre, font souvent l'amour et font de nombreuses choses ensembles ... Elles doivent être fidèles et ne pas avoir de relation sexuelle avec quelqu'un d'autre. Ça s'appelle "tromper". "
Il savait très bien comment ça s'appelait, merci bien. Il se souvint avec une amertume presque nostalgique de celle qu'il devait épouser, de celle avec laquelle il la trompait ... et, finalement, de la seule compagne qui lui était resté ; la solitude. Loin d'avoir un système d'observation suffisamment développé pour remarquer la légère hésitation dans sa voix où le tremblement de ses lèvres, et n'ayant pas encore développé le module de compassion, Lucie continua :
"Et que va-t-il se passer ?
- ... ?
- Avec Linda et Charlie.
- Ah ... et bien ... Ça dépend ... Si Charlie arrive à pardonner à Linda - ça veut dire qu'il veux bien faire comme si elle n'avait pas couché avec Jordan -, ils pourront peut-être recommencer à être ensembles comme avant.
- C'est tout ? Mais c'est facile, alors ... "
Sa totale incrédulité le fit rire à demi. Oui, facile ... d'un certain point de vue, pardonner, c'était facile.
Il était heureux pour elle ; avec le temps, elle appréhenderait de mieux en mieux la complexité des sentiments humains, jusqu'à pouvoir suivre les raisonnements les plus tordus ... mais jamais elle n'en souffrirait. La chose la plus forte qui pourrait naître chez elle à cause des idioties humaines était cet étonnement, sincère et impersonnel.

Il avait commandé son visage par internet. Il ne voulait pas l'emmener dehors dans l'état où elle était ; laide, comme incomplète. A moitié par fierté personnelle, à moitié parce qu'il ne voulait pas que son premier contact avec l'extérieur soit celui de dizaines de gens la dévisageant curieusement ... elle aurait pu en tirer de mauvaises conclusions sur le monde social. Très complexe, trop pour qu'il se permette des écarts.
Il était donc chez lui quand il ouvrit le colis contenant le futur aspect physique de Lucie. Un masque de peau artificielle, très finement réalisé, prévu pour s'adapter parfaitement à son visage ; une perruque châtain claire, simple, élégante ; enfin, des gants couleur chair, ressemblants en tous points à de vrais mains, qui se fixeraient sur ses mains d'acier. Et aussi, puisqu'il avait décidé de lui donner un identité féminine, des prothèses assez simples qui lui permettraient d'avoir une poitrine de taille modeste. Dans un autre paquet, se trouvait plusieurs vêtements féminins, et quelques accessoires qu'il avait pensé élémentaires pour quand elle commencerait à mimer les moeurs humaines : brosse à cheveux, miroir, et mêmemaquillage.
Une fois qu'il eut vérifié que les colis étaient complets et en règle, il l'appela.Inutile de crier, son système de réception audio était nettement plus développéqu'une banale ouïe humaine.
Elle vint alors qu'il déposait les cartons sur le sol, devant le canapé, et il la fit asseoir à coté de lui. Elle le regardait, comme toujours, avec une très grande attention.
"Aujourd'hui, c'est une leçon très importante, Lucie. Je vais te laisser te voir dans un miroir. "
Sa mâchoire s'ouvrit légèrement, en un sourire un peu grotesque.Il ne le serait plus, une fois son visage posé.
"Je veux que tu donnes priorités à tes données animales pour cet exercice, d'accord ? Pas de logique.
- D'accord.
- Je t'ai acheté ...ça.  "
Il pris le miroir, tourné vers lui. De taille moyenne, sans cadre ni décoration, un simple ustensile pour voir, au plus, son visage et ses épaules. Lentement, il le tourna vers elle.
Son sourire étrange fana aussitôt. Comme il lui avait dit, elle se laissait envahir par ses données animales, primaires. Et après près d'une semaine à regarder des "tout le monde il est beau" à la télévision ... elle réalisait bien qu'elle était laide.
Il la laissa se contempler un long moment, puis retourna le miroir.
"Bien. Maintenant, je vais t'ajouter deux-trois choses. Ça va être un peu long, allons au . "
Elle acquiesçad'un signe de menton - un geste qu'elle avait acquis rapidement -, sans un mot. Elle pensait à sa laideur. Cela se sentait.
Quand elle fut couché sur la table, où peu de temps avant elle attendait de naître, il lui fit fermer les yeux. Et commença, lentement, à ajuster la chose couleur chair qui serait son visage. Soudant par-ci, par-là, utilisant à certains points la colle prévue ... Quand ce fut fait, ce fut au tour de la perruque, qui fut elle accroché moins solidement. Si l'envie lui en prenait, elle pourrait ainsi en changer.
Envie ... étrange concept, attribué à un robot. Très important, pourtant, selon Frank. Il était persuadé qu'agir en tous points comme si Lucie avait une âme lui permettrait non pas d'en acquérir une, mais d'être bien plus développéqu'un robot ordinaire. Si elle pouvait développer ses propres goûts, connaissances, envies ... Elle vivrait mieux, plus longtemps. Elle était la première d'une longue génération de machines, il en était persuadé.
Il lui fixa ensuite ses prothèses. Elle avait toujours les yeux fermés.Il lui demanda de les rouvrir pour qu'elle s'habille, d'un pantalon de jean simple et d'un haut à col roulé - un classique chez les robots, dont l'on ne montrait jamais le bas du cou où les épaules, inélégants. Seul le visage, la partie haute du cou et les mains étaient humanisés.
Elle avait tour à tour fixé ses mains avec stupeur, palpé sa poitrine avec étonnement, examiné ses habitsavec attention ... Puis elle eut fini, et Frank lui intima de la suivre dans la salle à vivre. Une nouvelle fois il la fit asseoir, lui ré-expliquant :
"L'exercicen'est pas fini. Comme tout à l'heure ; priorité au module primaire. "
Elle ne dit rien. Lentement, il tourna le miroir vers elle.
Son sourire revint. Terriblement sublimé par cette prothèsede caoutchouc, qui transformait tous les mécanismes de son visage en expressions humaines et belles. Et plus elle se voyait sourire, plus elle réalisait qu'elle était belle et plus elle continuait à sourire. Elle toucha son visage, ses cheveux, ses yeux ... Il la laissa faire, puis lui mit le miroir dans les mains pour prendre d'autres choses dans les cartons.
"Tiens, regarde. J'ai ça pour toi, aussi. "
Elle regarda longuement les autres vêtementsqu'il tenait, la brosse à cheveux, le maquillage ...
"Ça, c'est si tu as envie de changer. Ça, c'est si tes cheveux s'emmêlent... Et ça, c'est si tu as envie de te rendre plus jolie. Çase met sur le visage. "
C'était comme si son système n'avait pas été programmé pour autant de nouveautés en mêmetemps ; elle hésita longtemps, tendant la main vers un objet puis l'autre ; se regarda de nouveau dans la glace ; enfin, elle sourit encore en la reposant.
"C'est ... merci. Je suis belle, maintenant. "
Il posa les autres objets, ne gardant que la brosse à cheveux et lui demandant de se tourner. Elle s'exécuta, continuant à se regarder dans la glace, et il commençaà la coiffer lentement. Il ne savait même pas d'oùlui venait cette spontanéité, ce naturel ... sans doute qu'il n'avait aucune crainte qu'elle soit mal prise. D'une part parce que Lucie était un robot, de l'autre parce qu'il l'avait créé, et savait parfaitement ce qu'elle avait dans l'esprit.
"Je t'en prie. Tu vois, c'est comme ça qu'on se coiffe.
- Oui ... j'ai vu une dame à la télé ...
- Tu veux essayer ?
- ... Continue un peu ... "
Désir, envie. Imitation de "sentiment" ; l'affection pour lui. Il sourit, et continua à lui brosser lentement les cheveux.
"Alors maintenant, Lucie ... j'aimerais que tu me dises ... qu'as-tu ressenti quand tu t'es vu dans le miroir, la première fois ?
- Hm ... ce n'était pas agréable ... j'ai réalisé que je n'étais pas comme les gens doivent être - où mêmeles autres filles robots que j'ai vu dans des publicités.
- Et pourquoi ce n'était pas agréable ...? Tu aurais voulu êtrecomme elles ?
- Oui ...Mais pas pour les copier ... c'est parce qu'elles sont jolies. Elles le savent, tout le monde le sait.
- Et toi, tu étais laide.
- Oui.
- Et qu'est-ce que tu ressentais, alors ?
- Ce n'était pas agréable.
- Qu'est-ce que c'était ?"
Un long silence. Un très faible bourdonnement, signe qu'elle s'était plongé dans une profonde réflexion ... puis elle dit doucement, fixant toujours son reflet :
"C'était de la tristesse. J'étais triste. "
Malgré lui, Frank sourit. Il voyait leurs deux visages, dans le miroir. Elle, presque inexpressif, mais ses sourcils s'étant naturellement froncées pendant sa réflexion. Lui, un sourire calme sur les lèvres, étrange courbe abstraite au milieu de son visage carrée et négligé. Il répondit en reposant la brosse à cheveux, posant ses deux mains sur les épaules de sa machine.
"Oui. C'est ça. Tu étais triste. "
Il lui fit reposer le miroir et se retourner vers lui, par des gestes doux.
"Et la secondefois ? Quand tu as vu que je t'avais rendu belle ?
- C'était bien.
- Qu'est-ce que c'était ?"
Une nouvelle fois, ce bas bourdonnement, son expression figé. Puis ...
"De la reconnaissance."
Il en resta sans voix. Un silence pesant s'installa, alors qu'il dévisageait Lucie sans comprendre. De la ... reconnaissance? La réponse qu'il attendait était évidemment "du bonheur". C'était logique, c'était normal, c'était le résultat escompté de l'exercice ...
"Tu es sûre ... ? Rien d'autre ?"
Finit-il par lui demander, la voix tremblante.
"Si ... du bonheur, aussi, bien sûr. Mais avant tout de la reconnaissanceenvers toi. "
Il la dévisagea, n'osant y croire. Ainsi, son esprit appréhendaitdéjà ses systèmes si complexes ? Il eut presque le vertige en imaginant les capacités qu'elle pourrait bien avoir, dans quelques mois, alors que la plupart des robots auraient déballés les réponses évidentes "tristesse" et "bonheur" sans jamais êtrecapable d'aller plus loin. Il répondit finalement, se relevant, les gestes un peu raides :
"C'est ... c'est bien. "
Il ajouta en désignant les cartons :
"Tu peux ranger tes affaires dans le placard du couloir ?"
Pas de chambre. Il y en avait déjà une prévue pour elle ; mais elle n'y aurait droit que quand elle manifesterait le désir de la posséder. Selon la mêmelogique, il ne lui avait pas proposé d'accrocher son miroir au mur.
Loin de ces prévisions, de ces calculs, elle répondit par l'affirmative à sa question et alla soigneusement ranger ses affaires. Il fut un peu déçu de constater qu'elle n'eut pas envie de regarder plus attentivement les autres habits, mais il était sans doute trop tôt ... de toutes façons, cela n'avait pas grande importance ; car elle ne rangea pas le miroir, le gardant en main et restant debout au milieu du couloir, fixant inlassablement son reflet.  

Elle était impatiente, il en aurait mis sa main à couper. Toute droite au milieu du couloir, ses deux mains resserréesl'une sur l'autre, elle le fixait avec intensité par la porte ouverte. Il se rasait lentement, essayant de faire abstraction de ce regard posé sur lui ... un peu dur, alors qu'elle suivait tous ses mouvements des yeux. Elle était impatiente, oui, cela ne faisait aucun doute ; car aujourd'hui, il allait l'emmener dehors.
"Pourquoi tes poils poussent ?
- Hein ?
- Pourquoi tes poils poussent ?"
Il rit en se rinçant la figure :
"Houla, c'est un peu long à expliquer ... mais c'est normal, tous les humains ont les poils, comme les cheveux, qui poussent ... "
Il s'essuya le visage et sortit de la salle de bains, concluant :
"Les hommes plus que les femmes - elles n'en n'ont pas sur le visage, par exemple. "
Ce genre d'informations anodines, il avait pourtant prit l'habitude de les lui communiquer systématiquement ; car elle était comme une enfant, une enfant qui ne sait rien. Mais une enfant qui, aussi, apprend incroyablement vite ... Une image plus juste aurait été de dire qu'elle venait d'un autre monde, et ne connaisait rien de celui-là.
Après avoir enfilé sa veste et ses chaussures, il lui posa une main paternaliste sur l'épaule.
"D'accord, on y va.
- Oui.
- Niveau de ta batterie ?
- 12heures d'autonomie encore possible, 10 en cas de dépenses d'énergies supplémentaires.
- C'est bon, ça ira. "
Il ouvrit la porte.
Elle regardait tout d'un air effaré, mi joyeux, mi effrayé.Elle avait acquis, par imitation, de nombreuses expressions nouvelles, en deux semaines de vie ...
Elle rentra dans l'ascenseur en examinant les boutons, les murs. Puis, il lui fit signe de regarder par la fenêtredigitale. Et elle vit la ville, immense, des mètres sous ses pieds ; elle mis ses mains devant sa bouche, comme retenant un cri.
"C'est tellement grand !"
Il sourit. "Oui, c'est grand. "
Quand ils descendirent, elle regarda la ruelle sale comme la plus grande merveille du monde. Un chat passa, au loin, et elle suivit son évolution entre les poubelles avec attention. Frank, lui, la regardait elle ; ses réactions, sa candeur, son étonnement : tout le charmait et l'amusait. Quand ils arrivèrent dans la grande rue, déversant son flot de passants, elle s'arrêta mêmeun instant, stupéfaite. Elle tentait de dévisager chaque personne, mais c'était impossible. Alors, son regard courait de visage en visage, sautant de l'un à l'autre aussi vite qu'elle le pouvait. Son système grandi dans l'intimité d'un appartement était déstabilisé par si grand nombre de personnes, et son module émotionnel était évidemmentaffecté ... Mais Frank savait qu'elle ne ressentait pas vraiment l'étonnement, la crainte, la curiosité ; ce n'était que des ordres venant du fond de son bios, son subsystème. Mais il savait aussi que ces "émotions" étaient des meilleurs qui soient pour la faire évoluer, faire évoluer ses capacités... Et ce qu'il se passait aujourd'hui, il l'avait prévu depuis longtemps.
Il ne pouvait pourtant s'empêcher d'être, presque, attendri.
"Combien y a-t-il d'habitants ici ?
- Plus d'un milliard. Sans compter la banlieue.
- La banlieue ... ?
- Les quartiers plus pauvres qui entourent la ville. "
Elle ne dit rien, songeuse. Il continua en remuant légèrementla tête :
"Çan'a pas d'importance pour le moment. Nous avons pas mal de choses à faire aujourd'hui. "
Il exposa, l'air de rien, les activités qu'il avait minutieusement préparés :
"On doit d'abord passer à la mairie pour te faire recenser. La création indépendante de robots est fortement désapprouvé, mais tu dois quand mêmeêtresignalé si je ne veux pas avoir d'ennuis. Ils te feront sans doute passer quelques tests simples, pour vérifier ta non-dangerosité, ce genre de choses ...
- Comment ils font ça ?
- Ho, des choses simples ... mais, comment dire ... c'est un peu bidon, puisqu'ils se passent sur les systèmes des trois grands robots-créateurs, microsoft, apple et sony. Tu as été créé d'une façonradicalement différente, et je pourrais aussi bien t'avoir programmé pour commettre des meurtres en série qu'ils n'y verraient que du feu. "
Il sourit puis ajouta :
"Évidemment, tu ne dois pas parler de cela devant eux, bien compris ?"
Le visage mortellement sérieux, elle porta son index devant ses lèvres.
"Ensuite, on doit aller au magasin, il faut que je m'achète quelques habits... tout ça plus les détours qu'on fera en ville pour que tu vois certains lieux, tu verras, ca prendra déjà pas mal de temps. "
Lucie se contenta d'acquiescer.Peut lui importait ce qu'ils feraient de leur journée, pour elle ; être dehors, voir des choses, des gens, lui suffisait.

Après plus d'une heure et demi, les contrôleurs officiels avaient bien été obligés de laisser partir Frank et Lucie. Elle était très étonné de la simplicité des tests qu'on lui avait fait passer, censés stimuler les modules dangereux qu'elle aurait pu avoir ; Frank lui était relativement agacé du temps que tout cela leur avait pris. Il pestait encore quand ils entrèrent dans le grand magasin de vêtements... Il expliqua rapidement le fonctionnement des choses à Lucie - ce fut rapide, il lui avait déjà expliqué la notion d'argent -, et l'autorisa à se balader tandis que lui-mêmeallait voir ce qui l'intéressait. Il avait beau détester ce genre d'endroits surpeuplés, il avait vraiment besoin de se racheter un costume, pour les conférences auxquelles il ne tarderait certainement pas à êtreconvié ... et puis aussi, simplement, des habitsde tous les jours.
Lucie le suivit d'abord, un certain temps, marchant à petits pas à travers les rayons hommes ; puis elle se décida à partir en exploration du reste du magasin, poussé par son module de curiosité toujours aussi exacerbé. Elle arpenta les rayons, dressant une carte des lieux dans sa tête ; elle observa très attentivement plusieurs personnes, dont deux petites filles assises par terre pour enfiler des chaussures, une dame d'âge mure hésitant entre deux hauts ... Elle ne regardait pas les habits. Frank ne lui avait pas précisé qu'elle-même pourrait bien les avoir, si elle le désirait ; aussi il n'était pas dans son programme d'en avoir l'idée toute seule.
Elle en était à détailler le physique d'un vendeur quand son regard fut attiré par autre chose ... A l'entrée des cabines d'essayages, se tenait une femme. Impeccablementhabillée et coiffée, de posture droite, un sourire calme sur les lèvres ... Ses cheveux bruns tombaient en boucles délicates autour de son visage fin, et son corps aux proportions quasi parfaites auraient arrêtésplus d'un regard. Elle était vraiment très belle.
Lucie la regard un long moment, envoûtée.Puis, sans mêmeavoir validé la décision prise par son subsystème, elle s'avança. Arriva, finalement, juste devant elle, notant qu'elle faisait environ 5centimètres de plus qu'elle.
"Bonjour ... "
L'inconnue tourna la tête vers elle et la regarda, souriant avec une courtoisie inégalée :
"Bonjour. "
Et c'est alors que Lucie réalisa que la femme était un robot. Son visage très finement fait, son corps tenant presque de l'oeuvre d'art, n'y changeaient rien ; si de loin elle pouvait passer pour la plus merveilleuse créature du monde, de près, l'on réalisait aussitôt que sous sa peau synthétique elle n'était faite que d'acier et de métal. Mais Lucie, passé la première seconde de surprise, jugea que sa première impression était toujours valable ...
"Qui êtes vous ?
- Je suis le modèle numéro 6 de cet établissement. Je travaille ici comme modèle et dame d'essayage.
- Ho ... je vois. Moi je suis Lucie.
- Ravi de faire votre connaissance.
- Moi aussi."
Un silence. Elle sentait bien que Modèle n'était pas naturelle ; qu'elle était sous l'emprise d'un puissant module, celui de la courtoisie et des règles imposées par son emploi. Elle aurait voulu la voir autrement, mais ... comment faire ?
Alors qu'elles restaient ainsi, sans parler, une vielle femme vint s'adresser à Modèle, sans la moindre gentillesse.
"J'ai besoin d'aide pour essayer ça !"
Le robot sourit, et suivit aussitôt la femme.
"Bien entendue, je suis à vous. "
Lucie la regarda suivre la vieille femme dans une cabine d'essayage. Puis, longuement, fixa le rideau. Elle se décida finalement à partir.

Alors qu'ils passaient en caisse, elle vit avec stupéfaction une pile de magazines publicitaires ... sur la couverture, le modèle numéro 6 posait, habillé de la dernière collection du magasin. Elle resta si longtemps à la fixer qu'elle ne réalisa pas  que Frank, ayant payé ses achats, l'attendait. Il s'approcha d'elle et lui dit avec douceur :
"Lucie, on y va. "
Elle releva le visage, mais elle était ailleurs. Ainsi, Modèle était apparemmentbien plus qu'une "dame d'essayage" ... mais alors, pourquoi la vieille femme l'avait traité avec si peu de respect ? Triant les informations, rangeant soigneusement celles qu'elles devraient éclaircir, celles qui étaient illogiques, elle dit à son créateur :
"Cette fille ... je l'ai vu dans les cabines. "
Il ne put lui répondre : la caissière le fit avant.
"Évidemment.Numéro 6 est notre toute dernière vedette. Une partie des clients vient autant avec l'intention d'acheter des vêtementsque de la voir !"
Lucie enregistra l'information. Ainsi, Modèle était un .... produit de marketing. Elle posait dans les magazines, puis attendait sagement les clients curieux près des cabines d'essayage. Quand Frank lui dit doucement qu'ils faisaient attendre les clients suivants, et qu'elle pouvait emporter le magazine si elle le voulait, elle ne se fit pas prier. Elle sortit du magasin le serrant contre elle, un sourire sur les lèvres ... Frank hésita avant de la questionner. Il était étrange qu'elle sourit sans que cela soit destiné à quelqu'un ... son système n'avait pas encore ce genre de notions - pour peu qu'il puisse les acquérir un jour.
"... Lucie ? Tu avais vraiment envie de cette revue ?
- Oh, oui !
- Pourquoi ?
- Parce que j'ai parlé à Modèle. Elle est très belle et semble gentille. "
Frank eu un sourire désabusé. Étrange ... cette façon qu'elle avait de nommer le modèle numéro 6, et d'être attiré par elle. Il se promit de faire une incursion dans son bios le soir même, afin de voir par quel mécanisme elle en était venu à agir ainsi. Lucie ne savait rien de ses projets, et souriait toujours ... joyeuse.

Ce que Frank avait trouvé dans le subsystème de Lucie, après des heures de recherche, dépassait toutes ses espérances. C'était ... le facteur chance. L'aléatoire. Cette chose si insaisissable, si imprévisible, si importante. Qui intervenait, fatidique, dans le processus de presque toutes les actions humaines. Et surtout ... que l'on n'avait jamais réussi à réellement reproduire en robotique. Et bien, c'était là, au fond du subsystème de Lucie, passant d'abord pour une erreur de programmation ...
Frank se servit un grand verre d'alcool. Il ne buvait que rarement, mais en certaines occasions, se sentait obligé de sortir une bouteille. Comme aujourd'hui, seul avec le corps éteint de Lucie, l'ordinateur affichant cette modification miraculeuse.
Il la laissa déconnecté pendant trois jours, fouillant de fond en comble son disque dur. Il avait ainsi pris connaissance de la scène exacte avec le modèle du magasin ; et il finit par admettre, déstabilisé, que le facteur chance s'était déclaré à ce moment-là. Il y avait eu la curiosité de Lucie, la situation nouvelle poussant son sens social à se mettre en branle, les qualitésdu modèle numéro 6 ... mais aussi autre chose. Quelque chose qui n'était pas logique. Aléatoire. Le facteur chance.
La fatigue de ses trois dernières nuits presque blanche, la stupeur face à sa découverte ... Le firent d'abord pouffer, puis rire à gorge déployé, sans pouvoir s'arrêter, à en avoir mal au ventre.

Quand il la réveilla, elle se redressa lentement. Le regarda.
"Bonjour, Frank.
- Bonjour Lucie.
- J'ai été éteinte 79heures ... pourquoi donc ?"
Il eu un sourire un peu gêné, comme si elle avait été maîtressede sa personne et avait eu son mot à dire sur ce qu'il voulait lui faire ... Et, oui, il voyait presque les choses ainsi.
"Excusemoi ... je devais vérifier quelque chose. J'avais pensé à t'installer un nouveau module, aussi, mais j'ai changé d'avis, il y a risque de conflit avec le développementde certain de tes programmes ... "
Elle ne dit rien. Il avait volontairement modifié sa mémoire, supprimant les informations concernant ce qu'il avait inspecté pendant son sommeil.
"La prochaine fois je te préviendrais avant, mais là ... oh, tiens, ta revue, tu n'as toujours pas eu le temps de la regarder, non ?"
Sur son visage fleurit aussitôt un authentique sourire de joie. Elle prit le magazine en remerciant Frank.
Une heure plus tard, ils étaient tous deux dans la salle à manger. Lui s'occupait de quelques papiers - les mots "papiers" où "paperasse" étaient toujours utilisés, alors mêmequ'ils étaient maintenant tous informatisés -, assis devant son ordinateur de salon. Elle, elle était assise à table, regardant les photos de Modèle.
Elle était en admiration béate devant cette personne si belle. Elle avait beau analyser que ce qu'elle faisait alors, regarder des photos, ne sollicitait que sa vue et sa mémoire, elle était toute secouée. Fasciné, obnubilé... Et elle ne se lassait pas de regarder, encore et encore, cette Modèle si ravissante. Tantôt en robe, tantôt en chemise où en sous-vêtements... Elle était toujours magnifique, ses positions et ses expressions si calmes et belles.
Lucie était si absorbé - elle avait distraitement noté que 76% de ses capacités actives étaient concentrées sur le magazine - qu'elle mit un certain temps à réaliser quelque chose ... bien vite, elle en fit alors part à son créateur :
"Frank ?
- Hm ?
- Pourquoi Modèle a-t-elle un corps ?
- Hein ... ?"
Elle se leva, et lui montra une image de Modèle, en sous-vêtements de dentelle.
"Elle n'est pas comme moi. Elle n'a pas une seule partie métallique ... on dirait presque une vraie femme. "
Frank sourit un peu, repoussant doucement le magazine d'une main.
"C'est normal ... les robots modèles sont entièrement recouvertes de peau artificielle. Mais c'est coûteux, c'est pourquoi, sur la plupart des robots, l'on ne recouvre que le visage et les mains. "
Lucie ne dit rien. Continua, longtemps, à fixer le modèle numéro 6.

Une semaine plus tard, elle avait appris une grande partie du programme de collège dans des livres  scolaires, afin de s'intégrer au lycée sans soucis. Elle avait également compris, à l'aide de nombreux feuilletons bas de gammes, nombreuses subtilités de la vie de couple et de famille. Et Frank avait commencé à lui donner des cours de maintien, pour la rendre plus naturelle, l'invitant à reproduire les attitudes physiques des personnages télévisés - il lui avait fallu un certain temps pour comprendre que la présentatrice de la météo n'était elle pas un exemple à suivre.
Et puis ... elle avait accumulé près d'une vingtaine de vielles revus publicitaires où figurait Modèle. Avec l'aide de Frank, bien entendu. Il lui avait d'abord trouvé quelques sites internet, profitant de l'occasion pour lui apprendre à utiliser un ordinateur (rien de plus simple pour elle, bien sûr ; sitôt relié au pc, elle pouvait en faire ce qu'elle voulait). Puis, devant son insatiabilité, avait été presque obligé de retourné au magasin pour demander des numéros d'anciens magazines.
Et aujourd'hui, tous ces trésors en main, Lucie pénétrait dans "la" chambre. "Sa" chambre. Celle qu'elle avait demandé à Frank.
Il ne savait plus quoi penser. Il multipliait ses entrées dans le système du robot, envoyait lettres et coup de fil à tous va pour prévenir tout le monde des résultats plus que concluants de son audacieux projet ... Sa créature était tellement différente des autres ! D'une sensibilité semblant tellement véritable, d'un caractère tellement particulier ... tout cela découlait du facteur chance, bien sûr. Toujours est-il que sa création dépassait toutes ses espérances.  Il jubilait, plein de fierté, imaginant déjà les gros titres des journaux dans peu de temps : "Un robot humain", où encore "Pris pour un excentrique, il a créé la vie !".
Et là, il la regardait, pénétrant à petits pas dans la chambre qu'il lui offrait. Imitant à la perfection l'attitude de la timidité. Elle parcouru lentement du regard chaque meuble, chaque recoin ... Il lui montra un ensembles de prises électriques près du lit, expliquant :
"Tu as de quoi te brancher pour te recharger. Ainsi, tu pourras dormir ici. "
Elle se retourna vers lui, et sourit. Toujours ce sourire, tellement troublant de sincérité.
"Merci, Frank. Vraiment, merci.
- Je t'en prie. "
Il posa doucement le carton contenant ses affaires, et parti. Elle devait être seule. Choisir elle-même ce qu'elle allait faire de cette pièce qui était désormais la sienne.
Lentement, elle déballa ses affaires. Ses habits... après un temps de réflexion, elle alla les ranger dans le premier tiroir de la commode. Dans le second, elle mit sa brosses à cheveux, ses quelques produits de beauté. Et son miroir ... un clou était planté dans le mur. Elle l'y accrocha donc. Sourit à son reflet.
Puis elle se tourna vers les magazines, posées sur son bureau, à coté de la paire de ciseau et des punaises qu'elle avait demandés à Frank. Elle réalisa que certains de ses systèmes étaient comme rongés par le système émotif, refusant de marcher vraiment correctement. Elle tenta de se reprendre, et, décidée, alla s'asseoir au bureau.
Avec un soin et une précision infinie, elle commença à sélectionner, découper, accrocher ... Pendant près d'une heure elle ne fit rien d'autre, ses gestes ne perdant jamais de leur lenteur minutieuse. Quand elle eut fini, elle regarda son oeuvre avec un sourire ...
Tout les murs de sa chambre étaient recouverts des photos de Modèle.
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"Mais y'a que des dessins sur mon DA !"
Et oui. Donc je poste, mème si un peu vieux (fin 2007), Subsystème ... à la base prévu pour un recueil de trois histoires sf, finalement la seconde m'a soulé/bloqué et j'ai de l'écrire juste avant la fin, et la troisième j'ai réalisé arrivé aux trois-quarts que c'était pourri (normal si je récup une idée d'histoire longue pour en faire une histoire courte, ca fait un pavé indigestes d'actions qui s'enchainent -_-) ...

Bref, voilà donc Subsystème. Dans un monde futuriste ou les robots à forme humaine sont monnaie courrante, un homme, Frank Muller, décide de créer son propre robot ... à sa fàçon ...
(Oui je sais, thème super bateau, mais j'me suis quand mème éclaté à écrire ça XD).

(En deux parties car c'est trop long pour monsieur DA.
Et pour cause de gigantesque flemme, les mots en italique ne le sont pas, parce que fallait que je rajoute toutes les balises à la main ... )

---

BANDE-SON : Visage - Fade to grey
(si, c'est giga important, c'est exactement l'ambiance que je voulais donner, c'est ce que j'ai écouté en boucle tout le temps quand j'écrivais ça ... si vous savez pas quoi écouter en lisant, écoute Fade to Grey <3).

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~blob-blob-blob:iconblob-blob-blob: May 18, 2008, 3:42:45 AM
Oh c'est super,j'aime beaucoup!
~JELawrence:iconJELawrence: Jun 3, 2008, 8:57:36 AM
Ca y est, j'ai terminé de le lire!! J'aime bien. En plus, ça me fait vraiment penser à Russom's Universal Robots, de Karel Capek (comme dans monster il s'appelle, il était tchèque). Ce qui se passe, c'est qu'ils créent des robots, et finalement, les robots se révoltent partout et tuent tous les humains, même leurs créateurs. Ils n'en laissent qu'un qui travaillait dans l'usine de production car ils croyaient que c'était un concepteur et qu'il pourrait leur apprendre à créer de nouveau membre, pour pallier à ceux qui meurent d'usure. Le problème, c'est que c'était un architecte, et il essaie désespérément de trouver la formule pour créer des robots, de sorte, qu'à défaut qu'il y ait des humains sur terre, il y ait des robots, mais il n'y arrive pas. Et à la fin, grande touche d'espoir de cette pièce plutôt sombre bien qu'elle ait commencé sur un ton assez comique, le sentiment d'amour naît parmi deux robots, et en quelque sorte, c'est une nouvelle humanité qui se crée. Je peux te le passer si tu veux, mais t'auras quelques ennuis car il est écrit en anglais (c'est pas ça le vrai problème), de 1930 et quelque. Il y a donc du vocabulaire et des strucutures plutôt vieillots. Ah, oui, un tout petit bémol à ta super histoire, revois la conjugaison du verbe acquérir,il y a un truc moche qui se balade dans la première partie, je ne sais plus où exactement. C'est crevant d'écrire, je vais aller roupiller maintenant.
~Stupid-Isatis:iconStupid-Isatis: Jun 4, 2008, 1:50:34 AM
Mdr, c'est cool si t'as aimé :heart:

Oulah, effectivement ton roman à l'air bien mais en anglais de 1930 je risque pas de m'en sortir '_',

Roupille bien XDD

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:dohtwo: Frenchy alert : my english is baaad !

~ Childe Roland to the Dark Tower came ... ~